Pourquoi 10 réacteurs nucléaires sont à l’arrêt ?

19.01.2022 | En ce début d’année, EDF déplore l’arrêt de plusieurs réacteurs nucléaires au sein du parc français. La production du pays est ainsi amputée à hauteur de 20%, en plein milieu de l’hiver et d’une crise énergétique. Mais pourquoi ?

Quels réacteurs nucléaires sont à l’arrêt ?

Jeudi 13 janvier, EDF faisait l’annonce d’un quatrième réacteur mis à l’arrêt jusqu’à fin mai pour un problème de corrosion. Bien que cette cause ne soit pas celle qui paralyse la totalité des réacteurs nucléaires aujourd’hui hors service, elle concerne tout de même 4 centrales sur 10. Les autres sont en cours d’examen ou simplement en maintenance.

Une mauvaise nouvelle pour le fournisseur d’électricité historique ainsi que pour les gros industriels qui peuvent s’attendre à ce que la RTE leur coupe l’alimentation afin d’éviter une panne générale en cas de pic de consommation.

La corrosion du système d’injection de sûreté, un dispositif essentiel en cas d’accident dans la centrale, concerne les réacteurs nucléaires suivants :

  • ● Les réacteurs 1 et 2 de la centrale de Civaux (Vienne)
  • ● Le réacteur B2 de la centrale de Chooz (Ardennes)
  • ● Le réacteur 1 de la centrale de Penly (Normandie)

Avec des puissances respectives de 1 450 MW pour les trois premiers et 1 300 MW pour le dernier, ce sont donc près de 5 650 MW de puissance en moins sur le parc nucléaire à cause du même problème.

Ces centrales sont ainsi à l’arrêt en attendant que soient remplacées les pièces défectueuses et devraient reprendre leur service dans les mois à venir. Malheureusement, c’est en hiver que la demande en énergie est la plus forte.

Comprendre le problème de corrosion

D’autres réacteurs nucléaires, comme le B1 de la centrale de Chooz, sont actuellement à l’arrêt et des examens sont en cours pour savoir s’ils présentent les mêmes problèmes que les 4 précédemment cités.

Le souci principal est une corrosion et des microfissures à l’emplacement d’une jonction entre le circuit primaire et le système d’injection de sûreté des réacteurs.

  • ● Le circuit primaire a pour rôle de transporter l’eau qui refroidit le cœur du réacteur.
  • ● Le circuit d’injection de sûreté doit permettre d’injecter de l’eau borée (un liquide de refroidissement à base de bore) dans le circuit primaire en cas de brèche et perte d’eau.

Ces deux dispositifs ont donc pour objectif de maintenir la température du cœur sous contrôle et d’éviter la surchauffe, comme cela s’est produit lors des incidents de Tchernobyl, et de Fukushima.

Le problème de corrosion serait très localisé et se serait produit sous l’effet d’une contrainte mécanique ainsi que dans un milieu chimique agressif, comme l’a expliqué la directrice générale adjointe de l’IRSN.
Elle ajoute que cette dégradation était improbable puisque “Dans l’industrie nucléaire, le choix se porte sur des matériaux pas ou peu sensibles à la corrosion sous contrainte.” De plus, de nombreuses précautions sont prises lors des soudures pour réduire au maximum les contraintes résiduelles.

Les réacteurs nucléaires à l’arrêt seraient donc sous l’effet d’un phénomène “pernicieux” : “Vous pouvez ne rien voir pendant ce qu’on appelle la phase d’incubation, qui peut durer vingt, trente ou quarante ans. Cela explique pourquoi EDF a pu ne rien voir lors des contrôles précédents. Puis, un petit défaut va se créer, une petite fissure, qui va évoluer en fonction des contraintes mécaniques.

Quant à l’origine de cette dégradation, elle est encore inconnue. Cependant, EDF peut s’appuyer sur des retours d’expérience internationaux pour écarter l’hypothèse du vieillissement des équipements puisque le phénomène s’est déjà produit sur des centrales aussi bien récentes qu’anciennes.

Source : Reporterre

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