Le marché européen de l’électricité face à la France

01.02.2022 | La France souhaite que le marché européen de l’électricité soit réformé pour éviter que la crise énergétique ne dure ou ne se répète à l’avenir. Le gouvernement estime que la forte hausse du prix de l’électricité depuis l’été 2021 est en partie causée par le système actuel. Pourtant, le pays profite lui aussi du marché européen.

Fonctionnement du marché européen de l’électricité

Aujourd’hui, le mégawattheure se vend 230 € sur le marché spot, pour une livraison à terme, c’est-à-dire dans 12 mois, contre un prix de 50 € le mégawattheure l’année dernière. Et on ne le dira jamais assez, mais les pronostics des experts ne sont pas en faveur d’une baisse des prix dans les prochains mois.
Pour le gouvernement français, cette augmentation du prix de l’énergie est en partie causée par le fonctionnement actuel du marché européen de l’électricité. Bruno Le Maire s’exprimait déjà sur ce sujet en septembre dernier, jugeant le lien tarifaire entre gaz et électricité comme “obsolète”.

Le but du marché européen est d’atténuer les pics sur le réseau électrique. Pour établir un prix général de vente de l’électron, c’est le dernier moyen de production appelé en cas de pic qui fixe le tarif.
Or, dans le cas de la France, ce dernier moyen de production appelé est une centrale à gaz localisée en Allemagne. Voilà pourquoi la crise qui touchait principalement l’approvisionnement en gaz s’est répercutée sur le prix de l’électricité.

Les inconvénients pour la France

Le lien entre gaz et électricité peut sembler injuste aux yeux des pays comme la France, qui se repose principalement sur le nucléaire, bien moins coûteux, pour sa production d’électricité.
Le système du marché européen de l’électricité permet normalement “de garantir que le dernier moyen de production appelé, donc celui qui sera normalement le moins utilisé, puisse rentrer dans ses coûts de fonctionnement” comme le RTE l’a expliqué au journal Les Echos.

Notre gestionnaire de réseau est concerné par le système du marché commun puisque l’établissement de nouveaux liens électriques entre la France et ses voisins relève de ses missions. Liens qui sont pris en compte dans le calcul du prix commun de l’électricité.
Aujourd’hui, ce sont 51 interconnexions qui sont gérées par le RTE, soit une capacité d’import de 13 GW et une capacité d’export de 17 GW.

Du côté de Bercy, la volonté est de réformer le marché boursier d’échange de l’électricité pour qu’il reflète mieux le coût de production de mix énergétique de chaque pays. Un changement auquel s’opposent plusieurs pays, dont l’Allemagne.

Prendre en compte le coût de la production décarbonée et peu onéreuse du nucléaire (ce qui est, en fin de compte, ce que souhaite le gouvernement français), c’est déjà ce que permet le mécanisme d’accès régulé à l’électricité (ARENH).
En obligeant EDF à vendre de l’électricité de sa production aux fournisseurs alternatifs, l’ARENH permet en fait aux consommateurs français de payer une partie de leur électricité au coût du nucléaire. Donc moins cher que l’énergie vendue sur le marché européen de l’électricité.

Le problème principal de l’ARENH est que le système doit normalement prendre fin en 2025. De nombreux professionnels du secteur de l’énergie demandent ainsi à ce que le système soit pérennisé ou remanié pour remédier à ses failles actuelles.

Les avantages du marché européen de l’électricité

En dépit de ses demandes pour changer le marché commun actuel, la France bénéficie tout de même du système.
À la mi-décembre, l’importation d’énergie pour soutenir la demande dans le pays a battu des records. Et il ne faut pas oublier qu’avec 60 TWh par an d’exporté, ce sont 10% de la production française qui sont revendus aux différents voisins européens. Le système de marché commun se révèle donc très rentable pour les différents producteurs d’énergie (hydraulique, éolien, solaire, nucléaire…).

Enfin, le marché européen de l’électricité permet à la France de limiter ses investissements dans des moyens de productions extrêmement chers, fonctionnant aux énergies fossiles et utiles uniquement en cas de pic de températures négatives, comme le rappelle le RTE.

Source : Les Echos

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